dimanche 29 juin 2014

Maudite Vie ..



Christiane F.




L' ex-junkie star retrace les années qui ont suivi son errance dans le Berlin-Ouest des années 70. Son récit est toujours aussi franc et bouleversant.
Christiane F. est vivante. Tous ceux qui ont lu Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée se demandent : comment ? Et tous ceux qui liront le deuxième tome de sa biographie* refermeront l'ouvrage et se diront : jusqu'à quand ? Christiane F. est atteinte d'une hépatite C et d'une cirrhose du foie. La facture d'une vie de dépendance. "Je ne sais combien de temps il me reste à vivre. Je ne me pose pas la question. J'en suis incapable, écrit-elle. Souvent j'ai eu hâte que ce moment arrive. Mais quand même qui aurait cru que j'aurais un jour 51 ans."


Il y a trente-cinq ans, son premier livre se refermait sur la famille Felscherinow au sommet du désespoir, leur fille aînée envoyée de force par la mère chez sa grand-mère dans la campagne de Kaltenkirchen, loin de la drogue et du quartier miteux de la gare de Zoo, à Berlin-Ouest, où elle tapinait. Dans la dernière scène, elle joue avec des enfants dans une carrière de calcaire. Elle boit aussi du vin rouge et fume du hasch, jamais loin de retomber dans son ancienne vie. Une fin ouverte. Un morceau de vie qui a bouleversé bien au-delà d'une Allemagne divisée par le Mur. Traduit en dix-huit langues, il sera vendu à cinq millions d'exemplaires dans le monde. En Allemagne, le livre est même imposé comme lecture obligatoire dans les écoles, comme un contre-exemple. Et la suite ? Christiane la raconte, telle qu'elle l'a vécue : brute et flippante, avec beaucoup de naïveté et de franchise. 


Un monde complètement nouveau



À 18 ans, elle débarque à Hambourg, "dans un monde complètement nouveau", avec plus de 400 000 marks sur son compte en banque. Elle partage un appartement avec quatre musiciens. Une colloc bohème qui l'enfonce dans la cocaïne. Elle tombe amoureuse d'Alexander Hacke, guitariste du groupe de musique expérimentale Einstürzende Neubauten, qu'elle accompagne en tournée. Au même moment, Bernd Eichinger adapte son livre au cinéma. Elle rencontre à cette occasion son idole, David Bowie.


Le succès et l'argent n'y font rien. Christiane cumule les "sales descentes", s'envoie de tout - ecstasy, opium, Valium - pour "à la fin être dépendante de tout". Et puis comme souvent dans la vie de cette jeune femme brisée, il y a des coups de coude de madame chance. Comme cette rencontre avec Anna, l'épouse de Daniel Keel, fondateur de la maison d'édition suisse Diogenes. Chez eux à Zurich, elle assiste aux dîners auxquels étaient conviés Federico Fellini, Georges Simenon, Patrick Süskind et Patricia Highsmith. Trois années (de 1982 à 1985) où elle se reconstruit dans un nouveau cocon familial, elle qui a coupé les liens avec ses parents. 


"C'est la dernière fois. Juste une fois."


Puis, son envie d'ailleurs la porte jusqu'en Grèce, et "les îles de l'espoir". Là, elle tombe amoureuse de Panagiotis, un beau Grec rencontré sur une plage. Ils vivent en ermites, d'amour et d'eau fraîche. Le couple se sépare après six années. Retour au point zéro, à Berlin. Comme à chaque fois qu'elle se retrouve seule, Christiane "retourne voir les vieilles connaissances". "Je ne connais aucun junkie qui soit heureux de replonger. Tu mens en permanence et à tout le monde, tu es bon que pour ça, dit-elle. Mais surtout tu te mens à toi-même, tu passes ton temps à te raconter des histoires. C'est la dernière fois. Juste une fois. Alors que tu sais bien qu'il y a quelque chose qui ne va pas chez toi et dans ta vie. Mais l'idée d'y changer quelque chose te fait trop flipper et du coup tu t'abrutis encore une fois pour oublier toute cette merde. Les uns apprennent à vivre avec, les autres en crèvent. Il n'y a qu'une toute petite différence de degré entre les deux."


Chez Christiane, cette "petite différence" s'appelle Philip, son fils. Pour lui, elle est devenue "clean", structurée, pendant dix ans. Jusqu'au jour où les services sociaux apprennent qu'elle veut partir s'installer à Amsterdam. Ils lui retirent la garde de l'enfant, confié à une famille d'accueil. Elle le voit les week-ends et pendant les vacances scolaires. Il vient d'avoir dix-sept ans. Aujourd'hui Christiane F. vit à Berlin, loin des fantômes de Bahnhof Zoo. Comme depuis 20 ans, elle prend chaque jour sa dose de méthadone, un substitut d'héroïne.


Jamais celle qui "voudrai[t] bien pouvoir prendre [s]es distances avec toute cette histoire de Christiane F." n'explique pourquoi elle continue de livrer sa vie au monde. "Je ne veux pas dire que j'aurais accompli quelque chose de spécial ou que je serais moi-même quelqu'un de spécial", assure-t-elle. Entre les lignes, l'on devine les regrets de cette héroïne tragique, mais surtout sa peur de partir et de laisser son fils, "le plus beau cadeau qu'on (lui) ait fait dans la vie". 




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